Batiprix : le bordereau des prix du bâtiment expliqué aux artisans
Chiffrer un chantier au feeling, c’est accepter de découvrir sa marge après coup — parfois trop tard. Le bordereau des prix du bâtiment sert exactement à éviter cela : il vous donne, ouvrage par ouvrage, le coût des fournitures, le temps de pose et le déboursé nécessaire pour réaliser un travail.
Batiprix en est la référence française depuis 1983. Le millésime 2026 vient de paraître, avec ses prix actualisés et ses nouveaux ouvrages.
Cet article fait le point sur ce que contient l’édition 2026, comment l’utiliser concrètement, et surtout — c’est le point que la plupart des artisans négligent — comment relier ces prix à votre propre comptabilité. Il est rédigé par le cabinet AURUS, expert-comptable à Roanne, Veauche / Saint-Étienne et Lyon, dont le bâtiment est le secteur historique.
Qu’est-ce que Batiprix ?
Batiprix est une base de données de chiffrage éditée par le Groupe Moniteur, filiale d’Infopro Digital. Elle recense plus de 40 000 ouvrages couvrant l’ensemble des corps d’état du bâtiment et des travaux publics.
Pour chaque ouvrage, vous disposez du libellé technique, des quantités de fournitures avec leurs performances (thermiques, acoustiques, résistance au feu), du temps moyen de mise en œuvre exprimé en heures, du coût de main-d’œuvre charges comprises, et de deux prix de vente indicatifs : en fourni-posé et en pose seule.
Un point mérite d’être souligné, car il a une vraie portée juridique : le bordereau est une base neutre, sans marque ni publicité, déposée à la Bibliothèque nationale de France. En cas de litige avec un client ou un donneur d’ordre, le millésime est accessible et opposable. Il peut servir de référence lors d’un audit ou d’une expertise. C’est un argument que peu d’artisans exploitent alors qu’il sécurise leurs marchés.
Ce qui change dans le millésime 2026
Chaque édition actualise l’intégralité des données : prix unitaires des matériaux et fournitures, temps de pose, taux horaires par corps d’état, et suivi des évolutions des DTU, normes et réglementations en vigueur.
L’édition 2026 intègre par ailleurs plusieurs nouveaux ouvrages, reflet des évolutions du marché.
- Gros œuvre — plancher à poutrelles précontraintes et entrevous polystyrène à languettes, pour alléger la structure et améliorer la performance thermique.
- Couverture et façade — nettoyage de toiture et de façade par drone, pour les surfaces difficiles d’accès.
- Menuiserie extérieure — refonte complète du chapitre menuiserie aluminium industrialisée et de la famille porte d’entrée bois industrialisée.
- Isolation — création d’ouvrages d’isolation thermique par l’extérieur conformes aux exigences de la RE2020.
- Peinture — peinture blanche antichaleur dite « Cool Roof », pour toiture et façade.
- Électricité — le volume 9 intègre désormais les bornes de recharge IRVE aux côtés de la domotique et de l’éclairage LED.
Les volumes et les tarifs
Le bordereau papier 2026 se compose de neuf volumes, que vous pouvez acheter à l’unité ou en pack tous corps d’état.
| Volume | Corps d’état couverts |
|---|---|
| 1 | Gros œuvre, maçonnerie, étanchéité, ravalement |
| 2 | VRD, espaces verts, aménagement extérieur |
| 3 | Menuiserie extérieure, stores et fermetures, vitrerie |
| 4 | Métallerie acier et aluminium |
| 5 | Plâtrerie, menuiserie et agencement intérieur |
| 6 | Carrelage, peinture, revêtement de sol |
| 7 | Charpente, couverture et zinguerie, charpente métallique |
| 8 | Plomberie, sanitaire, chauffage, ventilation, climatisation |
| 9 | Électricité, domotique, éclairage LED, bornes IRVE |
Comptez 256 € HT le volume et de l’ordre de 770 € HT le pack tous corps d’état au tarif public constaté en juillet 2026. Une offre couplant le bordereau papier et l’accès web est proposée avec une remise pouvant atteindre 30 % sur l’abonnement.
Un artisan spécialisé n’a généralement besoin que d’un ou deux volumes. Inutile d’acheter le pack complet : un électricien travaille avec le volume 9, un plombier-chauffagiste avec le volume 8. Vérifiez les tarifs en vigueur auprès de l’éditeur avant de commander, ils évoluent à chaque millésime.
Papier ou numérique : la gamme Batiprix en 2026
L’offre ne se limite plus au bordereau papier. Elle s’est structurée autour de plusieurs solutions, à choisir selon votre métier.
Le Bordereau papier reste l’outil de référence : neuf volumes, consultables sans écran, opposables en cas de litige. C’est le choix de l’artisan qui chiffre ponctuellement.
Batiprix Web — Chiffrage est la version en ligne. Les prix y sont mis à jour mensuellement, vous personnalisez vos sous-détails et vous produisez vos devis directement. C’est l’option pertinente dès que vous chiffrez chaque semaine.
Batiprix Data permet d’intégrer la bibliothèque de prix directement dans votre logiciel de devis et facturation, par lot ou par corps d’état. Plusieurs éditeurs du marché sont compatibles.
Batiprix Estimation et Batiprix CCTP s’adressent aux maîtres d’œuvre : enveloppe budgétaire en phase esquisse, APS et APD, génération de pièces techniques.
Batiprix Audit énergétique vise les diagnostiqueurs et auditeurs, pour chiffrer les scénarios de travaux d’une rénovation.
Comment chiffrer un ouvrage avec Batiprix, étape par étape
La méthode Batiprix repose sur le calcul du déboursé sec, puis sur sa transformation en prix de vente. Elle se déroule en cinq temps.
Étape 1 — Déterminer votre taux horaire de main-d’œuvre et votre coefficient de frais généraux. C’est le préalable, et c’est là que tout se joue. Nous y revenons en détail plus bas.
Étape 2 — Lister tous les travaux du chantier, poste par poste.
Étape 3 — Rechercher chaque ouvrage dans le volume concerné, via le sommaire général puis le sommaire par corps d’état.
Étape 4 — Choisir l’ouvrage qui correspond le mieux à votre projet réel.
Étape 5 — Personnaliser le sous-détail sur la ligne « mon entreprise », en substituant vos propres prix d’achat et votre propre taux horaire à ceux du bordereau.
De ce calcul découlent trois montants qu’il ne faut pas confondre. Le déboursé sec réunit la main-d’œuvre chargée et les fournitures. Le prix de revient ajoute vos frais généraux. Le prix de vente intègre enfin votre marge et une provision pour aléas.
Le point que presque tous les artisans manquent
Voici l’erreur que nous voyons le plus souvent chez les artisans du Roannais et de la Loire qui utilisent un bordereau : ils reprennent le prix de vente indicatif tel quel, sans passer par les étapes 1 et 5.
Or ce prix indicatif repose sur un taux horaire moyen national et sur un coefficient de frais généraux standard. Il ne correspond ni à votre structure de coûts, ni à votre marché local.
Deux conséquences, opposées mais également coûteuses. Si vos frais généraux sont supérieurs à la moyenne — véhicules, local, assurances, sous-traitance — vous vendez en dessous de votre prix de revient réel et vous travaillez à perte sans vous en apercevoir. Si vos coûts sont inférieurs, vous vous alignez sur un prix trop élevé et vous perdez des affaires que vous auriez pu remporter.
Le bordereau vous donne la structure du calcul. Il ne peut pas vous donner vos chiffres. Votre taux horaire réel et votre coefficient de frais généraux sortent de votre comptabilité, pas d’un livre.
D’où viennent votre taux horaire et votre coefficient de frais généraux
Ces deux paramètres se calculent à partir de votre liasse fiscale et de votre suivi analytique. Concrètement :
- votre taux horaire de main-d’œuvre se déduit de la masse salariale chargée du personnel de production, divisée par le nombre d’heures réellement productives — pas les heures payées, les heures facturables ;
- votre coefficient de frais généraux rapporte vos charges de structure (loyer, véhicules, assurances, honoraires, énergie, administratif) au total de vos déboursés.
Ces deux ratios évoluent chaque année. Les recalculer à chaque exercice, au moment du bilan, prend une heure et change la rentabilité de tous vos devis des douze mois suivants.
C’est exactement ce que nous faisons pour nos clients artisans, avec en complément un suivi de rentabilité chantier par chantier — parce qu’un coefficient moyen juste ne dit rien de la marge d’une affaire particulière.
Batiprix et votre logiciel de devis : connectez plutôt que ressaisir
Beaucoup d’artisans utilisent un bordereau d’un côté et un logiciel de devis de l’autre, avec une ressaisie manuelle entre les deux. C’est du temps perdu et une source d’erreurs.
La bibliothèque Batiprix peut être intégrée directement dans plusieurs logiciels de devis et facturation du marché. Et de notre côté, nous connectons ces logiciels — Tolteck, Batappli, Obat, EBP Bâtiment, Sage Batigest, Codial — à Pennylane, de sorte que vos devis deviennent des factures, puis des écritures comptables, sans aucune ressaisie.
Résultat : vous chiffrez une fois, et la donnée circule jusqu’à votre bilan. C’est ce que nous mettons en place dans le cadre de notre accompagnement des artisans du bâtiment et du BTP, avec un suivi de rentabilité par chantier accessible depuis votre portail client Aurus Box.
Faut-il acheter Batiprix ?
Cela dépend de votre situation.
Oui, si vous répondez à des appels d’offres, si vous travaillez avec des maîtres d’œuvre ou des donneurs d’ordre publics, si vous intervenez sur des ouvrages que vous maîtrisez mal, ou si vous voulez pouvoir justifier vos prix en cas de litige.
Ce n’est pas prioritaire si vous réalisez toujours les mêmes prestations pour une clientèle de particuliers, avec des prix d’achat que vous connaissez par cœur. Dans ce cas, un suivi analytique correct de vos chantiers passés vous apportera davantage qu’un bordereau.
Dans tous les cas, le bordereau ne remplace pas la connaissance de vos propres coûts. Il l’exige, au contraire.
Pourquoi choisir AURUS pour votre entreprise du bâtiment
Le bâtiment est le pôle historique du cabinet, avec plus de 150 artisans accompagnés du Roannais à la métropole stéphanoise et lyonnaise.
Nous calculons chaque année votre taux horaire réel et votre coefficient de frais généraux, nous connectons votre logiciel de chantier à votre comptabilité, nous contrôlons vos taux de TVA travaux et vos mentions d’autoliquidation, et nous vous livrons un tableau de bord de rentabilité par chantier.
Vous avez un interlocuteur nominatif qui répond sous 24 heures ouvrées, et un forfait mensuel sans facturation à l’acte.
Vous vous installez ? Consultez notre accompagnement business plan et notre compte pro avec dépôt de capital en ligne. Nous recevons dans nos bureaux d’expert-comptable à Roanne, de Veauche et Saint-Étienne et à Lyon.
Questions fréquentes
Combien coûte Batiprix en 2026 ?
Le bordereau papier est proposé à 256 € HT le volume, et de l’ordre de 770 € HT pour le pack tous corps d’état, selon les tarifs publics constatés en juillet 2026. L’accès web fait l’objet d’un abonnement annuel, avec une remise pouvant atteindre 30 % lorsqu’il est souscrit avec le bordereau papier. Ces montants évoluent à chaque millésime : vérifiez-les auprès de l’éditeur.
Qu’est-ce que le déboursé sec ?
C’est le coût direct de réalisation d’un ouvrage : la main-d’œuvre chargée plus l’ensemble des fournitures. Il n’inclut ni vos frais généraux, ni votre marge. Le prix de revient s’obtient en lui appliquant votre coefficient de frais généraux ; le prix de vente en y ajoutant votre bénéfice et une provision pour aléas.
Le prix de vente indiqué dans Batiprix est-il le prix que je dois facturer ?
Non. C’est un prix indicatif, calculé sur un taux horaire moyen et un coefficient de frais généraux standard. Votre prix doit être recalculé avec vos propres paramètres, faute de quoi vous vendez soit en dessous de votre prix de revient, soit au-dessus de votre marché.
Batiprix est-il opposable en cas de litige ?
Le bordereau étant une base neutre déposée à la Bibliothèque nationale de France, chaque millésime reste accessible et peut être invoqué comme référence lors d’un audit ou d’une expertise. Il constitue un langage commun entre maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre et entreprises.
Existe-t-il une alternative à Batiprix ?
D’autres bases de prix existent sur le marché, et certains logiciels de devis intègrent leur propre bibliothèque. Le critère de choix n’est pas tant la base que votre capacité à y injecter vos coûts réels. Une base gratuite bien paramétrée avec vos chiffres vaut mieux qu’un bordereau coûteux utilisé tel quel.
Comment calculer mon coefficient de frais généraux ?
En rapportant vos charges de structure — loyer, véhicules, assurances, honoraires, énergie, frais administratifs — au total de vos déboursés de l’exercice. Ce calcul se fait à partir de votre liasse fiscale. Nous le réalisons pour nos clients artisans à chaque clôture, en même temps que le bilan.






