Vous venez d’immatriculer votre entreprise et vous recevez, quelques semaines plus tard, un courrier de la Direction générale des finances publiques intitulé « questionnaire relatif à l’activité professionnelle ». Deux pages, un délai de trente jours, aucune explication. Beaucoup de créateurs le rangent dans une pile en attendant d’y voir plus clair, ou le confondent avec la déclaration de cotisation foncière des entreprises.
Ce document est pourtant sans difficulté dès lors qu’on en comprend la logique. Nous le remplissons chaque semaine pour nos clients de Roanne, de Veauche et du bassin stéphanois. Voici, cadre par cadre et formulaire à l’appui, ce qu’il faut y inscrire — et les erreurs qui coûtent cher plus tard.
Qu’est-ce que le questionnaire relatif à l’activité professionnelle ?
Il s’agit du formulaire 751-SD (référencé 751-SD-ANT lorsqu’il émane d’une antenne), adressé automatiquement par le service des impôts des entreprises dès l’attribution de votre numéro SIRET. Son objet est simple : permettre à l’administration de connaître la nature de votre activité et surtout les locaux que vous utilisez pour l’exercer.

Pourquoi les locaux ? Parce qu’ils constituent la base de calcul de la cotisation foncière des entreprises. La CFE est assise sur la valeur locative des biens passibles de taxe foncière que vous utilisez professionnellement. Sans information sur vos locaux, le service ne peut pas établir cette base.
Ce questionnaire concerne aussi bien les entreprises individuelles que les micro-entrepreneurs, les professions libérales et les sociétés, y compris lors de l’ouverture d’un nouvel établissement. Il n’appelle aucun paiement : c’est une déclaration d’information, pas un avis d’imposition.
Ne le confondez pas avec la déclaration initiale de CFE
C’est la confusion la plus fréquente, et elle est compréhensible : les deux documents se ressemblent et arrivent la même année. Ce sont pourtant deux formalités distinctes, à accomplir toutes les deux.
| Questionnaire 751-SD | Déclaration initiale de CFE 1447-C-SD | |
|---|---|---|
| Objet | Décrire votre activité et vos locaux | Permettre le calcul de votre CFE |
| Déclencheur | Attribution du SIRET | Création d’entreprise ou d’établissement |
| Délai | 30 jours après réception du courrier | 31 décembre de l’année de création |
| Envoi | Adressé par l’administration | À votre initiative, formulaire à télécharger |
| Conséquence d’un oubli | Relances, évaluation d’office des bases | Perte de l’exonération, majorations |
Retenez la règle : le questionnaire décrit, la déclaration 1447-C-SD impose. L’un ne remplace jamais l’autre.
Quand et comment le renvoyer
Vous disposez d’un délai de trente jours à compter de la réception du courrier ; l’objet du document le rappelle explicitement. Le formulaire est à retourner à l’antenne du service des impôts des entreprises dont les coordonnées figurent en haut à droite du courrier — et non au service central de votre département.
L’administration recommande elle-même de privilégier la messagerie sécurisée de votre espace professionnel sur impots.gouv.fr, dès lors que celui-ci est activé : rubrique Messagerie, puis Demandes générales et Déposer un document. C’est la voie que nous retenons systématiquement, car elle horodate l’envoi et en conserve la trace. Scannez le formulaire signé et ses annexes en un seul fichier PDF.
À défaut, le retour postal reste possible à l’adresse de l’antenne. Pour nos clients, il s’agit le plus souvent des services de Roanne ou de Saint-Étienne selon la commune du siège. Conservez alors une copie complète du dossier, ainsi que la référence à rappeler imprimée en tête du courrier.
Le délai n’est pas prescrit à peine de nullité, mais un retard prolongé expose à une évaluation d’office de vos bases, généralement défavorable, qu’il faudra ensuite contester par réclamation.
Remplir le formulaire cadre par cadre
Cadre 1 — Identification de votre entreprise

L’adresse courriel et le numéro de téléphone sont préremplis à partir des données transmises par le guichet unique. Vérifiez chaque ligne et corrigez ce qui doit l’être : une adresse erronée à ce stade se propage à toute votre correspondance fiscale.
Vous devez ensuite compléter deux informations :
- La date effective de début d’activité. C’est celle qui figure sur votre avis de situation au répertoire Sirene, et non la date de signature des statuts ni celle du dépôt du dossier.
- La date de clôture du premier exercice. Un micro-entrepreneur, dont l’exercice coïncide obligatoirement avec l’année civile, indique le 31 décembre. Pour une société ou une entreprise individuelle au réel, cette date est un choix de gestion : elle conditionne l’échéance de votre première liasse fiscale et peut être décalée pour éviter un premier exercice de deux mois.
Cadre 2 — Votre comptable

Ce cadre appelle le nom, l’adresse, le téléphone et le courriel de votre expert-comptable. Le renseigner n’est pas obligatoire, mais c’est utile : l’administration dispose alors d’un interlocuteur technique en cas de demande de précisions, ce qui évite bien des courriers à votre domicile.
Une troisième ligne est souvent laissée vide à tort : le nom de l’organisme de gestion agréé. Si vous adhérez à un centre ou à une association de gestion agréée, indiquez-le. Un micro-entrepreneur qui gère seul sa comptabilité laisse l’ensemble du cadre vide, sans conséquence.
Cadre 3 — Caractéristiques des locaux affectés à votre activité

C’est le cadre où se jouent les enjeux financiers. Trois situations se présentent.
Vous exercez à domicile, sans autre local
Cochez la première case et précisez le nombre de mètres carrés occupés pour les besoins de l’activité. Le formulaire est explicite : dans ce cas, vous êtes dispensé de compléter le reste du cadre 3 et passez directement aux cadres 4 et 5.
Ne surestimez pas cette surface par excès de scrupule : elle sert de base au calcul, et une déclaration généreuse se traduit par une cotisation plus élevée, année après année. Si vous travaillez sur un coin de bureau, un mètre carré se défend parfaitement. À l’inverse, déclarer zéro n’a pas de sens et attire l’attention.
Vous êtes domicilié auprès d’un tiers
Société de domiciliation, espace de coworking, pépinière d’entreprises : cochez en domiciliation commerciale, précisez le nom et l’adresse du propriétaire et de la société hébergeante, et joignez la copie du contrat. La domiciliation à titre gratuit chez un proche relève de la case suivante et suppose de joindre la convention d’hébergement.
Vous disposez d’un local professionnel
Le formulaire demande alors un descriptif précis : adresse du local, situation dans l’immeuble (bâtiment, étage), numéro de lot en copropriété, identité du précédent occupant, superficie totale.
Vient ensuite la partie décisive, en deux niveaux. D’abord la ventilation de la superficie par usage : professionnel, industriel, commercial ou d’habitation. Puis, à l’intérieur de l’usage professionnel, le détail entre magasin, entrepôt, bureaux et autres surfaces à préciser.
Cette double ventilation n’est pas une formalité. Les usages ne sont pas valorisés de la même façon, et un atelier de deux cents mètres carrés déclaré globalement ne produira pas la même base qu’un local correctement réparti entre atelier, réserve et bureau. Pour un artisan, la distinction se chiffre en centaines d’euros par an.
Vous précisez enfin votre titre d’occupation — propriétaire, locataire (nom et adresse du bailleur, copie du bail à joindre) ou sous-locataire (nom du titulaire du bail, contrat de sous-location à joindre).
Trois rubriques closent le cadre 3 et sont très souvent oubliées :
- Le partage de locaux : si vous occupez les lieux avec d’autres professionnels, indiquez le nom des autres locataires. C’est ce qui permet à l’administration de ne pas vous imputer la totalité de la surface.
- Les places de parking réservées exclusivement à votre activité : cochez la case, indiquez leur nombre et leur adresse si elle diffère de celle du local. Elles entrent dans la base d’imposition.
- La nature du local pour les loueurs en meublé : meublé de tourisme classé, local d’habitation personnelle loué meublé autre que ceux visés aux 1° et 2° de l’article 1459 du code général des impôts, ou autre local loué meublé. Le choix de la case commande l’application ou non des exonérations propres à la location meublée, sujet que nous traitons sur notre page LMNP et SCI.
Cadre 4 — Divers

L’option à l’impôt sur les sociétés. La case vise les sociétés de personnes souhaitant opter pour l’IS — SNC, SARL de famille, société civile, EURL à l’impôt sur le revenu. Attention : cocher la case ne suffit pas, le formulaire exige impérativement de joindre une lettre d’option signée. Et cette décision est structurante : l’option devient irrévocable au-delà du cinquième exercice qui suit. Elle se prend après chiffrage, en comparant l’imposition des bénéfices à l’impôt sur le revenu et le coût global d’une rémunération assortie de dividendes. Notre comparateur de statuts et notre page arbitrage de rémunération posent les termes de cette décision.
L’appartenance à une société civile de moyens. Si vous partagez des moyens d’exercice avec des confrères, cochez la case et indiquez le SIREN de la SCM, votre pourcentage de détention et la surface que vous occupez à titre privatif. Ces trois éléments servent à répartir la base imposable entre les associés : les omettre conduit à une répartition arbitraire. Le montage est fréquent chez les professionnels de santé regroupés en cabinet, comme nous l’exposons sur nos pages kinésithérapeutes et infirmiers libéraux.
L’inscription à la chambre de métiers et de l’artisanat. À cocher si votre activité relève du répertoire des métiers : fabrication, transformation, réparation ou prestation de services artisanale.
Cadre 5 — Autre ou compléments d’informations
Ce dernier cadre libre est sous-utilisé alors qu’il est précieux. Vous pouvez y signaler tout élément susceptible d’influer sur votre situation : une activité saisonnière, un local partiellement inoccupé, une installation en cours d’aménagement, une implantation dans une zone ouvrant droit à exonération. Mieux vaut le préciser d’emblée que de le faire valoir plus tard par réclamation.
Il ne reste qu’à dater et signer, puis à renvoyer le formulaire accompagné de ses annexes.
Les cinq erreurs que nous corrigeons le plus souvent
- Surestimer la surface déclarée à domicile. Indiquer la superficie du logement entier, ou celle de la pièce dans laquelle se trouve le bureau, gonfle inutilement la base d’imposition. Seule compte la surface réellement affectée à l’activité.
- Cocher l’option pour l’impôt sur les sociétés sans l’avoir chiffrée, ou la cocher sans joindre la lettre d’option exigée. C’est l’erreur la plus coûteuse du formulaire. Nous avons vu des dossiers où cette case, cochée machinalement, a placé l’entrepreneur sous un régime inadapté pour plusieurs exercices.
- Oublier les annexes et les rubriques de fin de cadre 3. Bail, contrat de sous-location, contrat de domiciliation, mais aussi noms des colocataires, places de parking et nature du local meublé : leur absence déclenche une demande complémentaire et retarde le traitement de plusieurs semaines.
- Ne pas ventiler les usages du local. Une surface globale sans détail conduit l’administration à retenir la qualification la moins favorable.
- Croire que ce questionnaire dispense de la déclaration 1447-C-SD. Il n’en est rien, et cette confusion fait perdre chaque année à des créateurs le bénéfice de l’exonération de première année.
Et ensuite ? Ce que devient votre CFE
Le questionnaire alimente le calcul de votre cotisation foncière des entreprises, dont voici la chronologie.
L’année de création, vous êtes exonéré. Toute entreprise nouvellement créée est dispensée de CFE depuis sa date de création jusqu’au 31 décembre de la même année. Cette exonération est automatique, mais elle suppose que la déclaration initiale ait bien été déposée.
La deuxième année, votre base est réduite de moitié. Les éléments d’imposition retenus sont ceux de l’année de création, avec un abattement de 50 % sur la base. Votre premier avis est donc allégé.
À partir de la troisième année, le régime de droit commun s’applique. La base est celle des immobilisations utilisées deux ans auparavant. Si vous ne disposez d’aucun local ou d’une valeur locative très faible, vous relevez de la cotisation minimum, dont le barème est fixé par chaque commune ou intercommunalité en fonction de votre chiffre d’affaires de l’année N-2. C’est ce qui explique qu’un consultant travaillant depuis son domicile reçoive tout de même un avis de CFE.
Signalons enfin que les entreprises réalisant moins de 5 000 € de chiffre d’affaires annuel sont exonérées de cotisation minimum, et que certaines activités — notamment agricoles, artistiques ou certaines locations meublées — bénéficient d’exonérations propres. Ces régimes se vérifient au cas par cas.
Nous nous en chargeons pour vous
Ce formulaire n’est que le premier d’une série que rencontre tout créateur d’entreprise. Chez AURUS, il fait partie du forfait : nous le complétons, le transmettons au SIE et archivons le dossier, en même temps que nous déposons la déclaration initiale de CFE avant le 31 décembre.
Nos deux bureaux, à Roanne et à Veauche, accompagnent les entrepreneurs de la Loire à chaque étape de leur création d’entreprise, du choix du statut aux premières déclarations. Les artisans et les commerçants disposant d’un atelier ou d’un point de vente ont tout intérêt à faire relire ce document : c’est là que se décide la base de leur imposition foncière pour les années suivantes.
Une question sur votre formulaire ? Écrivez-nous, le premier rendez-vous est offert.
Questions fréquentes
Que se passe-t-il si je ne renvoie pas le questionnaire ?
Le service des impôts vous relance, puis évalue vos bases d’office à partir des éléments dont il dispose. Cette évaluation est rarement à votre avantage et vous devrez la contester par voie de réclamation, avec la charge de la preuve.
Je suis micro-entrepreneur, suis-je concerné ?
Oui. Le régime micro ne dispense ni du questionnaire, ni de la déclaration initiale de CFE, ni de la CFE elle-même à partir de la deuxième année.
Dois-je déclarer une surface si je travaille sur la table de ma cuisine ?
Oui, en indiquant une surface minimale et cohérente. L’absence totale de local ne dispense pas de la cotisation minimum, qui reste due sur la base du chiffre d’affaires.
Puis-je modifier une information après l’envoi ?
Oui. Toute modification — déménagement, prise à bail d’un local, extension de surface — se signale au SIE. Un changement en cours d’année se déclare également au moyen du formulaire 1447-M-SD avant le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai.
Le questionnaire entraîne-t-il un paiement immédiat ?
Non. C’est une déclaration d’information. La CFE éventuellement due fait l’objet d’un avis distinct, mis en ligne dans votre espace professionnel en novembre, payable au 15 décembre.






